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26 janvier 2018 - Plan chlordécone 3 : un point à mi-parcours

 
 
26 janvier 2018 - Plan chlordécone 3 : un point à mi-parcours

La préfecture a fait un point à mi-parcours du Plan Chlordécone 3 (2014-2020). De nombreuses actions ont été lancées pour garantir la sécurité et la protection des populations.

La chlordécone est un produit phytosanitaire, pesticide organochloré qui a été utilisé pour lutter contre le charançon du bananier. C'est un polluant organique persistant considéré comme non biodégradable. Sa toxicité alliée à cette persistance l'ont fait interdire dans de nombreux pays (dès 1976 aux États-Unis et jusqu’en 1999 dans les pays d’Europe de l’est).

L’introduction sur le marché de cette molécule date de 1972 et son interdiction définitive en France a été prononcée en 1990. Des dérogations successives ont permis son utilisation dans les Antilles françaises jusqu’en 1993. Cette substance très stable peut contaminer certaines denrées végétales ou animales, ainsi que les eaux de captage, de rivière et de mer.

En Guadeloupe, la pollution des sols par la chlordécone est localisée essentiellement dans le sud de la Basse-Terre. Il s’agit de terres très majoritairement cultivées en bananeraie alors que l’utilisation de cette molécule était autorisée et on estime aujourd’hui à environ 14 000 ha les zones potentiellement contaminées c’est à dire que 16 % des parcelles d’usage agricole de Guadeloupe continentale sont considérées comme à risque.

Le maintien d’une activité agricole sur les sols pollués reste heureusement possible sous réserve de respecter les recommandations de pratiques culturales issues des travaux de recherche (absence de contamination de certaines productions).

La contamination par la chlordécone constitue une préoccupation sanitaire, environnementale, agricole, économique et sociale et un enjeu de santé publique.

Après les deux premiers plans chlordécone les pouvoirs publics ont lancé le plan chlordécone III.

Ce troisième plan chlordécone a pour objet de poursuivre les actions engagées pour protéger la population (surveillance et recherche) mais aussi pour accompagner les professionnels impactés par cette pollution (pêcheurs, agriculteurs, éleveurs).

Il vise à passer d’une logique de gestion de crise sur le court terme des effets collatéraux de la pollution à une logique de long terme et de développement durable des territoires, intégrant la problématique de la chlordécone.

2008 / 2018 en chiffres 

LE PLAN CHLORDECONE 1 – 2008/2010 – 33 M€

Il comportait 40 mesures autour de la cartographie de la pollution des terres agricoles, du contrôle de l’état des eaux, de la surveillance des produits locaux mis sur le marché, de l’accompagnement des auto-consommateurs (JAFA), des travaux de recherche sur l’impact du chlordécone sur la santé, de l’aide aux agriculteurs ainsi que de la mise en place d’outils de communication.

LE PLAN CHLORDECONE 2 – 2011/2013 – 31 M€

Les mesures de ce deuxième plan s’articulaient autour de 4 objectifs :

  •  Consolider le dispositif de surveillance de l'état de santé des populations ;
  •  Approfondir l'état de la connaissance des milieux ;
  •  Poursuivre la réduction de l'exposition des populations ;
  •  Gérer les milieux contaminés et assurer une bonne information des populations.

LE PLAN CHLORDECONE 3 – 2014/2020 – 30 M€ sur le 1er triennal

Ce plan s’inscrit dans une durée plus longue pour faciliter le déploiement d’actions structurantes, susceptibles de répondre aux défis posés par la contamination d’une partie des sols et des eaux adjacentes et son articulation avec les programmes européens et le CPERContrat de plan État-Région.

Il s’articule autour de 4 axes déclinés en 21 propositions d’actions.

  •  Axe 1 : élaborer localement une stratégie de développement durable dans l’objectif d’améliorer la qualité de vie des populations dans un contexte de pollution.
  •  Axe 2 : favoriser une approche de prévention du risque sanitaire et de protection des populations dans une stratégie durable.
  •  Axe 3 : poursuivre les actions de recherche.
  •  Axe 4 : enjeux socio-économiques.

SOIT 94 M€ A CE JOUR

Au niveau local les préfets de Martinique et de Guadeloupe disposent d’un outil financier : le programme des interventions territoriales de l’État qui leur permet d’agir avec des crédits interministériels au plus près du terrain avec souplesse et réactivité.

Le PITE (programme des interventions territoriales de l'État) représente environ 40 % du financement du PC3 le reste étant financé en direct par les différents ministères.

  PITE   
2015 4 811 502 € dont 910 800 € de crédits pour étude BRGM 2015-2018
2016 1 813 283 €  
2017 3 813 827 € dont 1 900 000 € de crédits exceptionnels pour l'aide sociale aux pêcheurs
2018 1 876 735 €  
  12 315 347 €  

Les actions du Plan Chlordécone 3

De très nombreuses actions sont financées localement dans le cadre du PITE pour répondre à la problématique du chlordécone sur le long terme. En voici quelques exemples :

Axe 1 : élaborer localement une stratégie de développement durable dans l’objectif d’améliorer la qualité de vie des populations dans un contexte de pollution

  •  Analyse des sols : aujourd’hui ce sont 666 parcelles analysées sur le projet zones péri-urbaines (pilotage BRGM). Elles font l’objet d’une cartographie consolidée avec les parcelles cultivables, les jardins familiaux et les zones non agricoles péri-urbaines soit 5 637 parcelles analysées au total.
  •  Création d’une rubrique « Plan Chlordécone 3 » sur le site internet des services de l’État en Guadeloupe regroupant les informations disponibles par thématique :

 http://www.guadeloupe.pref.gouv.fr/Politiques-publiques/Environnement-risques-naturels-et-technologiques/Infos-chlordecone

  •  Fin 2017, l’étude CHLEAUTERRE visant à améliorer la connaissance de la contamination des sols par l’analyse des bassins versants de la Guadeloupe a rendu ses conclusions qui ont été présentées le 17 janvier 2017 aux partenaires du plan.

Cette étude engagée en 2014 pour un coût de 387 805 € dont 209 305 € pour l’État a permis d’objectiver en masse la cartographie des zones contaminées au-delà du seul historique de la culture bananière et de produire de nouvelles cartes de contamination potentielle et réelle des sols par la chlordécone. Les résultats de cette étude ont notamment permis de réévaluer l’étendue des zones à risque de pollution désormais évaluées à 14 170 ha en Guadeloupe.

Toutes ces informations seront bientôt disponibles sur Internet en cartographie dynamique via le site Karugéo.

  •  Accompagnement des auto-consommateurs : programme JAFA, aujourd’hui ce sont plus de 2 700 jardins créoles analysés avec accompagnement individuel et collectif des auto-consommateurs et de nombreuses actions de communication et d’éducation pour la santé. Le bilan de l'action Jafa sur les 2 premiers plans chlordécone est téléchargeable sur le site internet http://jafa.ireps.gp.
  •  Balisage et entretien du balisage de la zone d’interdiction totale de pêche par les services de la Direction de la Mer.

Axe 2 : favoriser une approche de prévention du risque sanitaire et de protection des populations dans une stratégie durable

  •  Surveillance des denrées alimentaires animales, végétales et produits de la pêche au travers de plans de surveillance et de contrôle des circuits formels et informels par les services de l’agriculture, de la mer et de la consommation : au total ce sont près de 3 500 échantillons analysés sur la période 2014-2017 pour plus d’1,1 M€.

 Les résultats de ces contrôles feront l’objet d’une communication dédiée en Guadeloupe dès que la totalité des analyses 2017 sera consolidée.

Axe 3 : poursuivre les actions de recherche

  •  De nombreuses actions de recherches sont lancées en cours ou achevées. Elles visent à la surveillance médicale des populations, à évaluer les impacts de l’exposition au chlordécone, à l’amélioration de la connaissance des zones de contamination et des mécanismes de transfert du chlordécone dans les milieux naturels, à la recherche de solutions de décontamination.

 Au total sur le seul PITE c’est plus d’1 M € qui a été engagé localement sur des études. La recherche est également financée au niveau national par les ministères.

On peut citer INSSICA, OPALE, CHLOANT, KARUPROSTATE, KANNARI, TI MOUN, CHLEAUTERRE, études sur la décontamination des Ombrines, des Langoustes, etc...

Axe 4 : enjeux socio-économiques

De nombreuses actions sont entreprises pour accompagner les professionnels de la pêche essentiellement dans leur adaptation au contexte de la pollution, ainsi :

  •  36 pêcheurs en zone d’interdiction totale de pêche proches de la retraite s’engageant à arrêter la pêche ont été indemnisés à hauteur de 30 000 € chacun. Coût total : 1 080 000 €.
  •  Les pêcheurs qui ne pouvaient arrêter une activité faute d’un nombre suffisant d’année de cotisation au régime de retraite ont été salariés dans le cadre d’un dispositif appelé « brigades bleues ». Coût du dispositif sur 5 ans pour l’État : plus de 2,3 M€.
  •  L’État finance depuis 2014 un chargé de mission halieutique au sein du CRPMEM pour assister les pêcheurs dans leur adaptation, coût : plus de 300 000 €.
  •  En 2017 et 2018, en partenariat avec le CRPMEM, l’État finance des actions d’accompagnement de la filière pêche dans une démarche qualité, coût prévisionnel : 150 000 €.
  •  Un guide technique a été conçu pour les éleveurs pour leur permettre de produire en zone contaminée sur la base de la connaissance du taux de contamination de leur sol. Les professionnels éleveurs et agriculteurs devant s’adapter font l’objet d’un suivi personnalisé.

Des actions pour la suite

Outre la continuation des différentes actions du plan, la communication autour des actions du Plan sera renforcée en 2018, avec :

  •  Février 2018 : mise à disposition des derniers résultats d’études avec animation d’un évènementiel régulier sur la page Facebook (plus de 30 000 followers) et twitter (près de 14 000 abonnés) de la préfecture et ceux des partenaires.
  •  Février 2018 : détermination de nouvelles modalités de communication régulière vers la société civile : pédagogiques, efficaces et utiles.
  •  Mars 2018 : mise en ligne des connaissances cartographiques à la disposition de tous.
  •  Avril 2018 : communication dédiée sur les plans de contrôle et de surveillance des denrées alimentaires.
  •  Octobre 2018 : organisation d’un colloque scientifique du 16 au 19 octobre 2018 et d’un colloque grand public en Martinique et en Guadeloupe pour faire le point et communiquer sur les connaissances acquises financé sur le PITE pour un budget de 140 000 €.

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